DANS LA MISÈRE DU CAMP DE VUČJAK

Article publié dans le Courrier des Balkans le 28 septembre 2019

En cette fin de matinée, plusieurs personnes s’affairent autour du barbier de Vucjak. Pour 3Km (1,50e), ce Pakistanais, qui se fait appeler Jim Butt, taille une barbe à la perfection. Pour 5km (2,50e), il rafraîchit une coupe. Autour s’étendent les tentes blanches données par le Croissant rouge turc.

Ouvert en juin dernier par les autorités de la ville de Bihac dans le nord ouest de la Bosnie et géré par la Croix rouge locale, le camp de Vucjak accueille entre 600 et 700 hommes seuls – originaires du Pakistan, d’Afghanistan et du Cachemire pour la plupart.

Sans eau courante, ni accès à l’électricité, les migrants y vivent dans un dénuement total. Les odeurs d’urine embaument le camp. « Tout le monde fait ses besoins dans les bois ». La ville fournit le camp en eau que 2 ou 3 fois par jour, insuffisant pour une toilette quotidienne ou même parfois remplir sa bouteille d’eau. Pourtant, un semblant de vie quotidienne s’est installé. Au milieu des tentes, des petits magasins proposent boissons gazeuses, condiments servant à la preparation des célèbres pains « paratha » pakistanais et afghans et paquet de cigarettes. Pour 1km (50 centimes), il est aussi possible de recharger son portable grâce à un générateur. Le camp possède même une mosquée. En journée, Vucjak prend de vagues airs de petit village. « Le soir c’est une forêt avec des animaux sauvages ».

Le centre-ville de Bihac, la ville la plus proche, est à environ deux heures de marche par la route principale.

A l’entrée un poste de police surveille les accès au camp. Il faut une permission délivrée par la Croix rouge de Bihac pour y pénétrer et en sortir. Officiellement, les migrants n’ont pas le droit de sortir du camp. Ils empruntent les chemins forestiers qui échappent totalement à la surveillance des policiers et leur permettent d’atteindre le centre en 45 min..

Deux fois par jour, à 10 heures et 15 heures, les migrants attendent en file indienne devant une tente où a lieu la distribution des repas. Le petit-déjeuner se compose de tartines de pain et de confiture. Pour le déjeuner, des pâtes ou des lentilles sont souvent servis. Il faut manger suffisamment car la Croix rouge n’a pas les moyens de distribuer de dîner.

« Nous avons surtout besoin de nourriture. Nous avons tous faim », assure Wasin, un jeune Pakistanais de 34 ans arrivé à Vucjak pendant l’été. En lisière de forêt, il partage une tente avec 8 autres Pakistanais au milieu des ordures. Il a déjà tenté quatre fois le passage de la frontière croate que tout le monde appelle« le jeu ». « C’est comme au casino. Chacun essaie de jouer aussi souvent qu’il le peut, dans l’espoir de gagner», s’amuse Wasin.

Comme beaucoup, le jeune homme voudrait aller en Allemagne. Mais à chacune de ses tentatives de traverser la Croatie, il a été arrêté par la police croate qui n’a pas hésité à détruire ses affaires personnelles comme son portable, lui brûler ses vêtements et voler son argent.

Le camp possède ce que les migrants appellent un hôpital qui se compose d’une tente et de quelques lits avec des attrape-mouches tout autour.

Environ 200 personnes sont soignées tous les jours par une petite équipe de bénévoles internationaux. Mais le 26 septembre, les bénévoles ont été priés de quitter le camp par le ministère des affaires étrangères, faute d’autorisation officielle pour procurer des soins. C’est un drame pour les centaines de migrants qui consultent chaque jour pour des plaies, des problèmes de peau ou d’estomac ou encore pour quelques minutes d’écoutes.

Medina, para medic explique que « les personnes sont très fatiguées du jeu et la police croate les traite très mal » . Il y a deux semaines Kashif en a fait les frais. La police l’a frappé tellement fort qu’il a eu peur que son bras soit cassé.

Le camp possède une carte indiquant les zones possiblement minés pour les migrants qui tentent le jeu.

Dans quelques semaines, les températures vont chuter drastiquement et la neige tomber à gros flocons. Pour le moment aucune solution concrète de relocalisation n’est envisagée par la Croix Rouge.

https://www.courrierdesbalkans.fr/Refugies-en-Bosnie-Herzegovine-dans-la-misere-du-camp-de-Vucjak


Jeanne Frank

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